Bien-être animal : Oiseaux mâles et porcs castrés : demi-mesures pour vraies souffrances

Bien-être animal : depuis les années 1930, la production d’œufs de poules pondeuses a doublé : une poule pond désormais en moyenne 300 œufs par an

Dans le système agroalimentaire, les poussins mâles sont perçus comme inutiles à la production : ainsi, chaque année en France, 50 millions de poussins mâles sont broyés ou gazés.

Le 16 octobre 2019 à Toulouse, les deux Ministres français et allemand de l’agriculture et de l’alimentation ont assuré que cette pratique sera interdite, ce qu’a confirmé le ministre actuel, Julien Denormandie, dans une interview accordée au Parisien le 18 juillet dernier.

Le Conseil d’État devrait être saisi d’un projet de décret d’ici à la fin de l’été avec une mise en vigueur à compter du 1er janvier 2022

Pour pallier cette interdiction, les aviculteurs se trouvent dans l’obligation d’utiliser des méthodes alternatives d’élimination des poussins mâles : le broyage et le gazage devront être remplacés par la méthode du « sexage in ovo », plus particulièrement la spectrophotométrie : elle consiste à définir au bout de 13 jours le sexe du poussin dans la coquille en identifiant la couleur des plumes de l’embryon.

Les plumes des embryons mâles sont blanches ou jaunes, tandis que celles des embryons femelles sont brunes.

Selon le cabinet du ministère de l’Agriculture , « au 1er janvier, tous les acteurs concernés doivent avoir émis le bon de commande de la machine demandée ». Le système sera « installé pour deux tiers de la production en France dès la fin du premier trimestre 2022 ». 10 millions d’euros de subventions ont été intégrés en ce sens au plan France Relance par le ministère de l’Agriculture, dans la limite de 40% du montant de chaque investissement. L’utilisation de cette nouvelle méthode entraînera un léger surcoût pour le consommateur, estimé à 1 centime d’euro sur le prix d’une boîte de six œufs.

Côté allemand, et suite à ses engagements pris en 2019, l’Allemagne a voté elle aussi en mai une loi interdisant le broyage et le gazage des poussins mâles au 1er janvier 2022.

La France et l’Allemagne sont ainsi les premiers pays au monde à mettre fin au gazage des poussins mâles : si la Suisse a interdit le broyage depuis le 1er janvier 2020, le gazage y reste autorisé.

La France et l’Allemagne vont proposer la mise en place d’une réglementation européenne reprenant l’interdiction afin d’abolir ces pratiques en Europe.

L’alternative au broyage et au gazage retenue par l’Allemagne semble cependant plus satisfaisante que celle retenue par la France : si la technique précitée de la spectrophotométrie identifie le sexe du poussin au bout de 13 jours, le prélèvement amniotique pratiqué en Allemagne l’identifie déjà au 9ème jour.

Une limite à l’engagement du ministre tient au type d’oiseaux concernés par l’interdiction du broyage : si les poussins ne pourront plus être broyés, ce n’est pas le cas des canetons qui continueront de subir cette pratique dans la filière du foie gras.

De la même manière, chaque année, 10 millions de porcelets sont castrés à vif dans les élevages français avec pour seul motif l’odeur désagréable provoquée par une hormone lors de la cuisson de certains porcs. Or, cette problématique ne concerne que 4% des porcs et il existe des alternatives pour contrer cette difficulté.

Selon l’association Welfarm, la coopérative d’éleveurs de porcs Cooperl utilise une méthode particulière : « Les carcasses odorantes sont détectées sur la chaîne d’abattage et orientées dans un circuit de transformation sans cuisson tel que le jambon ou le saucisson », et « d’autres éleveurs ont quant à eux recours à un vaccin qui bloque temporairement la puberté des porcs mâles et donc l’hormone à l’origine du risque d’odeur ». Certaines conditions d’élevage permettent également de diminuer l’hormone en cause.

Julien Denormandie a également annoncé l’interdiction de cette pratique.

Les éleveurs souhaitant continuer à castrer leurs cochons devront opter « pour une castration sans douleur après une anesthésie locale ». Or selon la Société nationale des groupements vétérinaires (SNGTV) et l’Association des Vétérinaires exerçant en Productions Organisées (AVPO), aucune solution de gestion de la douleur pendant et après la castration des porcelets n’est satisfaisante, même sous anesthésie.

Les annonces du ministre de l’Agriculture sont donc des demi-mesures. Le seul moyen pour respecter le bien-être animal est d’interdire complètement les pratiques que sont le broyage des oiseaux et la castration des porcelets.

Face à la pression des intérêts économiques, la souffrance animale reste encore une préoccupation de second rang.

Par Valentine Labourdette, CU droit de l’animal, Université Aix-Marseille


[1] En 2015, les poules pondeuses françaises ont pondu en moyenne 336 œufs par place (les poules sont remplacées au bout de 17 mois).
ITAVI, 2016. Performances techniques et coûts de production en volailles de chair, poulettes et poules pondeuses, résultats 2015, 64 p. (p. 55)

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